Visuel emprunté au Wikichouette d'Airyn (http://piblo29.free.fr/)
Visuel emprunté au Wikichouette d'Airyn (http://piblo29.free.fr/)

 

ÉNIGME 780

 

Le titre « Premier pas » annonce une notion de déplacement (imminent ? en cours ?). 

 

L’aiguille de la boussole propose une notion de direction, et indique que nous sommes tournés vers le sud sur un plein axe Sud-Nord


Le texte est composé sous forme de poème :
• quatrain (une seule strophe de 4 vers)

• 4 pieds / 7 pieds / 4 pieds / 7 pieds
• les rimes sont croisées (ABAB).

A noter que la Boussole mesure 33 cm de diamètre dans la reproduction originale du livre.

 

 

 


Analyse

 

LE TEXTE

 

• « Où tu voudras », forme au futur, le verbe indique un principe de liberté de choix. « Où je dois », forme au présent, le verbe indique une nécessité.

• En considérant maintenant la Boussole et le Pied, je m’inscris dans une logique de piéton en recherche de direction générale « à vol d’oiseau », ne se préoccupant pas des routes ou des obstacles terrestres. Le pied est également une indication pour le piéton, en opposition au cocher.

• A noter que la « rosse » peut s’opposer à l’étalon, nous invitant à considérer la notion de mesure, puisque le « pied » est également une unité de mesure : mesure poétique utilisée dans le texte par l'auteur, et mesure de distance (une toise = 6 pieds).

• Le Cocher et la Boussole sont des constellations.

LE VISUEL

• A première vue, le visuel comporte une boussole indiquant le nord dans le dos du spectateur / voyageur.

• La sémantique du voyage imprègne totalement le visuel, avec deux protagonistes en arrière plan de la boussole : un piéton, et une berline à cheval. Difficile dans le visuel de dire s'ils se suivent, ou se croisent, ou quelle est leur direction. Le texte nous indique en tous cas de suivre le piéton.

 


Interprétation

 

Indicateurs tangibles pour formuler une interprétation :

 

• Axe nord-sud

• Notion de géolocalisation

• Notion de déplacement et de mode de transport

• Bourges, au centre de la France

 

J'ai personnellement choisi de m'intéresser à la notion de Méridien, concept qui recoupe tous ces indices. L'orientation des aiguilles de la boussole insiste sur un plein axe Nord-Sud qu'il est difficile de contourner.


Le "conseil" rencontré (fortuitement) en énigme précédente résonne ici : l’homonymie entre Devin et 2°20 (« ne sera pas affaire de 2°20 », pouvant faire référence aux méridiens : le méridien de Paris est situé à 2°20 de celui de Greenwich). Cette lecture, à prendre avec prudence si tant est qu'elle doive être considérée, proposerait une mise en garde sur le maniement des méridiens. Ou bien n’est-ce qu’un faux présage laissé là délibérément par l’auteur ?

Cette lecture bien connue des chasseurs proposerait en tous cas un faisceau supplémentaire vers la piste des méridiens.

 

 

RELECTURE DE L'ÉNIGME EN CONSIDÉRATION DES MÉRIDIENS

Un méridien est une ligne imaginaire qui parcours la Terre longitudinalement. 

Ces lignes ont notamment permis de réaliser des mesures mathématiques ayant trait : à l’astronomie, à la géodésie, à la cartographie, à l’horlogerie, ...

 

Le méridien zéro et l’Observatoire de Paris

 

Le 21 juin 1667, au solstice d’été, une ligne méridienne est fixée grâce à des observations astronomiques et matérialisée sur une pierre au sud à l’extérieur du Paris de l’époque. Les techniques de gnomonique (liées à la réalisation des cadrans solaires) seront nécessaires. Quelques années plus tard sera bâti à cet endroit, et perpendiculairement à cette ligne, l’Uranoscope, ou Observatoire de Paris. 

 


1 • L’abbé Jean Picard

 

L’Abbé Jean Picard est un des premiers membres de l’Académie Royale de Sciences, et fait partie des scientifiques qui tracent cette ligne méridienne au futur Observatoire de Paris. 

 

Il s’appliquera à mettre au point plusieurs instruments de mesure, comme le quart de cercle, avant de procéder aux triangulations lui permettant d’établir en 1668 un tracé de méridienne entre Paris et Amiens, et d’effectuer avec une grande exactitude la mesure du rayon de la Terre. A noter que l'Abbé Picard ne se serait vraisemblablement pas servi de boussole pour effectuer les mesures ("Mesure de la terre" par l'Abbé Picard, 1671)

Il utilisera la Toise-étalon du Châtelet (donc celle qui nous sert à évaluer le pied-de-roi de 0,32 cm) afin de mesurer la base de la méridienne Paris - Amiens (111,1 km). 

 

Il détermine également la largeur d’un degré de méridien terrestre et se sert pour ce faire de Delta Cassiopée (W) comme étoile de référence.

 

Méridienne de Paris, travail des Cassini (J-Dominique et Jacques), illustration extraite de "De la grandeur et de la figure de la Terre", Jacques Cassini, 1720
Méridienne de Paris, travail des Cassini (J-Dominique et Jacques), illustration extraite de "De la grandeur et de la figure de la Terre", Jacques Cassini, 1720

2 • La méridienne de Paris, précisée par les Cassini

 

En 1683, « Sa Majesté ordonne aux Mathématiciens de l’Académie des Sciences de continuer l’entreprise et de prolonger vers le Septentrion & vers le Midi jusques aux confins du Royaume, une Ligne Méridienne qui passât par le milieu de l’Observatoire de Paris. »

 

J.D. Cassini (Cassini I) part de Paris et descend jusque Bourges, tandis que Philippe de La Hire part au nord jusque Dunkerque. Cassini utilisera comme témoin géodésique la Tour de Beurre (tour nord) de la Cathédrale Saint-Etienne de Bourges. C’est précisément l’emplacement du Pélican vu en énigme précédente. 

 

En 1700, Cassini repart avec son fils Jacques (Cassini II) et Philippe Maraldi pour terminer les mesures interrompues 17 ans plus tôt et poursuivent la ligne jusqu'à Perpignan avec un dernier repère au Canigou.

En 1736, Cassini III et L'abbé La Caille partent en expédition pour confirmer les mesures et les publient en 1744. Ces mesures sont à la base de la constitution des cartes de France les plus précises possibles à l’époque et ce pendant de très nombreuses années : la carte de Cassini.

A noter que ces trois générations de la famille Cassini tiendront la direction de l’Observatoire de Paris, pendant plus d’un siècle jusqu’à la fin de l’ancien régime. 

 

3 • La méridienne de Méchain et Delambre et la naissance du mètre

 

Le visuel, ainsi que la mention de la rosse et du cocher pourraient faire référence aux berlines chargées de matériel de Pierre Méchain et Jean-Baptiste Delambre, chacune partie dans une direction opposée en 1792 (l’un au nord de Dunkerque, l’autre au sud de Barcelone avant de rebrousser chemin pour faire la jonction à Rodez).

 

En opposition à « La Boussole et le Pied », l’expression « par la Rosse et le Cocher » peut faire référence à Méchain et Delambre, partis de façon notable en voitures à cheval, et leurs travaux réalisés sous l’ancien régime, éliminant de fait les travaux ayant permis de trouver le mètre. 

Le méridien de Paris (0°) ainsi constitué à travers ces trois épisodes, est le méridien qui sera utilisé comme référence en France jusque 1885, remplacé par le méridien de Greenwich à 2°20 de là.

 


LE MÉRIDIEN À BOURGES

 

Bourges n’est pas, comme l’avait calculé l’Abbé Picard, sur le méridien de Paris (Cassini III et La Caille découvrent un décalage de quelques degrés) - 2°23’ à l’est de Greenwich, contre 2°20 pour celui de Paris. Cependant, comme vu plus haut, la Tour de Beurre est un des repères géodésiques utilisés pour le calcul.

 

La cathédrale Saint-Etienne de Bourges recèle une particularité : une "méridienne" horizontale (ou gnomon) tracée sur le sol de sa nef en 1757 (permettant vraisemblablement de remplacer l’horloge astronomique au XVIIIe siècle afin de régler les horaires d’offices religieux).

Chaque année, le 21 juin, une lumière traverse précisément l’un des vitraux afin de recouvrir la ligne marquée au sol. Cette indication du midi solaire intervient à 13h48.

 

Le point lumineux apparait à travers deux oeilletons dans les vitraux, à deux hauteurs différentes (16,9 m et 19,4 m). L’un est notamment situé juste sous le coude d’un personnage du vitrail (en vert sur l'image), l’autre se situant plus bas dans le décor. 

Jeton de notaire représentant un bloc gnomonique.
Jeton de notaire représentant un bloc gnomonique.

LE GNOMON

 

Le terme de gnomon est la retranscription littérale du mot grec signifiant « connaître / discerner ». Il peut également désigner le cadran solaire ou l’équerre. A l’origine, il s’agissait d’un simple bâton posé en terre pour calculer l’heure au soleil. Le gnomon a désigné par la suite le cadran solaire à plusieurs faces sur lequel il est planté. 

 

Il s’agit d’un cadran solaire donnant l’heure vraie de même que les notaires expriment la vérité et la volonté des parties dans leurs contrats.

 

C’est l’emblème du notariat depuis Louis XIV : « comme le bâtonnet éclairé par le soleil marque le temps sur le cadran par son ombre, le notaire éclairé par la Loi marque la volonté des parties sur son acte avec la même exactitude ». Une méridienne indique le "midi vrai". 

  

LES MIRES

La Méridienne de Paris a été matérialisée à l'époque des Cassini par des mires, en formes de pyramides, jalonnant la ligne du nord au sud. La Mire du Nord, ci-contre, a été érigée en 1736 près du Moulin de la Galette à Paris. Elle est également appelée pyramide Cassini, située à la longitude 2° 20’ 11,5 E.


VOIR LE VISUEL SOUS L'ANGLE GNOMONIQUE

 

En considérant la partie blanche de l'aiguille comme une pyramide, la partie noire peut être vue comme son ombre indiquant le Nord. Il serait donc midi pile.

 

Cela indiquerait que l’observateur se trouverait derrière une mire (la mire du Nord, à Paris ?), et non à Bourges. Entre Bourges et la Mire du Nord se situe une autre mire, la Mire du Sud établie à l'Observatoire de Paris en 1806, et aujourd'hui déplacée au parc Montsouris. Elle est circulaire et non pyramidale.

 

 

Nous ne sommes pas à Bourges : la contradiction de la présence aussi forte du coq en visuel de la 530, alors que la cathédrale de Bourges est la seule cathédrale de France sans coq à son sommet.

Si nous prenons le symbolisme français du cocorico, nous serions plus au nord, à Paris avec Bourges en Point de Mire (d'où le point "Bourges" dans l'oeil du visuel de la 530).

 


Conclusions intermédiaires

1 • Suivre "la Boussole et le pied" engendrerait de prendre en compte les travaux des trois générations de Cassini, entre Dunkerque et Perpignan, soit avant la définition du mètre. Cette énigme nous donnerait donc plusieurs balises supplémentaires :

- un créneau temporel entre 1683 et 1792

- la mesure en vigueur, le pied issu de la Toise du Châtelet

 

2 • Bourges pourrait être un point de repère, à l'image de sa Tour de Beurre. Dès lors, nous ne serions pas véritablement à Bourges en 530. L'ultra-présence du coq dans le visuel, en contradiction avec l'absence de coq au sommet de la cathédrale de Bourges, s'expliquerait alors. 


3 • La Vérité évoquée en énigme 530 semble s'expliquer à travers l'usage du Gnomon, et nous invite à voir ces mires dans le visuel et mesurer le "midi vrai".

4 • L'utilisation de la Méridienne de Paris semble s'accorder avec l'énigme B et les multiples acceptions du principe de "Lumière" : au sens physique et historique.

 

 

• S. DÉBARBAT, Revue XYZ n°96, 2003
• JJ LEVALLOIS : Mesurer la Terre - 300 ans de géodésie française (AFT - 1989)
AM MOTAIS de NARBONNE, J ALEXANDRE : Une mesure révolutionnaire ; le mètre (Observatoire de Paris - 1988)

• JJ LEVALLOIS : La méridienne de Dunkerque à Barcelone et la détermination du mètre “La lettre de l’esprit” (AFT XYZ N° 46 - 1991).

• Amis de la Cathédrale de Bourges (documentation touristique imprimée de la Cathédrale). https://www.cathedralebourges.fr/ 

• Chambre des notaires de Paris.
• Site sur les cadrans solaires de Michel Lalos : http://michel.lalos.free.fr/